
Dans la continuité du billet publié récemment, il est bon d’indiquer que la communication est un instrument de gouvernance, au même titre que la planification stratégique, la gestion budgétaire ou l’évaluation des politiques publiques.
A titre d’exemple, aux États-Unis, État moderne, démocratique et développé, le président et son administration s’expriment régulièrement devant la presse, rendant compte de l’action publique, expliquant les choix stratégiques, reconnaissant parfois des difficultés. Cette administration ne se dérobe pas devant les interpellations des journalistes. En France, au Royaume-Uni ou au Canada, la communication institutionnelle s’inscrit dans la même logique de service public de l’information. La demande de transparence des citoyens est considérée comme légitime.
Communiquer dans ces États modernes et modèles, c’est expliquer, contextualiser, rendre compréhensible l’action publique. C’est permettre aux citoyens de saisir les enjeux des décisions prises, d’en comprendre les contraintes, les arbitrages et les finalités. En ce sens, la communication devient un acte de responsabilité politique et un fédérateur du sentiment national.
À l’inverse, le silence, l’imprécision ou la langue de bois nourrissent la suspicion, amplifient les frustrations et créent un terrain fertile à la contestation, parfois violente. À terme, l’État s’asphyxie sous le poids de ses propres silences et de ses non-dits. C’est généralement le cas dans de nombreux pays africains. Les prises de parole des chefs d’État dans les médias nationaux sont rares, souvent exceptionnelles, comme si le décryptage de la vie politique, économique et sociale était une évidence. Les institutions chargées d’informer le public manquent de professionnalisme, de moyens ou même de liberté. Cette carence communicationnelle fait place aux rumeurs, aux spéculations, à la désinformation, laissant prospérer une certaine presse dite de révélations. Le déficit de communication institutionnelle contribue ainsi à donner l’impression d’un État distant, opaque, voire indifférent aux préoccupations quotidiennes des citoyens.
Gouverner dans la transparence suppose de sortir d’une logique paternaliste pour adopter une posture plus horizontale, fondée sur l’écoute et le dialogue.
Mais cette mutation ne peut s’opérer sans une profonde professionnalisation de la communication publique. Les États africains gagneraient à considérer la communication comme une compétence qui nécessite expertise, méthode et indépendance intellectuelle.
Le communicant public est un architecte de l’information publique, capable de structurer des messages clairs et cohérents dans le temps. Il doit travailler sur la base de données structurées, d’indicateurs mesurables et d’objectifs précis, au service de l’intérêt général.
À l’heure des réseaux sociaux, l’information circule instantanément et échappe parfois au contrôle des autorités. Mais un État qui communique bien comprend les attentes, anticipe les résistances et ajuste ses politiques en conséquence.
En définitive, la transparence en communication n’affaiblit pas l’État ; elle le crédibilise. Elle ne menace pas l’autorité politique ; elle la légitime. Les États d’Afrique qui aspirent à des institutions solides et à un développement durable devront nécessairement intégrer cette réalité. On ne gouverne pas aujourd’hui de manière viable sans communiquer avec clarté, méthode et responsabilité.
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Antoine BLAGNON est consultant en communication, auteur de S’ACCOMPLIR-RIEN NE SAUVE AUTANT QUE L’AMOUR et promoteur de POWUI Communications, une agence spécialisée dans la communication des organisations et dans l’édition. L’agence aide les entreprises à renforcer leur crédibilité et leur impact en ligne et en société.
